Projets de recherche

Théâtre et Feldenkrais: quels sont les outils de la méthode Feldenkrais pertinents pour le travail de l’acteur ?

Projet dirigé par Julie-Kazuko Rahir et réalisé en 2020. Une recherche menée dans la cadre de la Mission Recherche de La Manufacture-Haute école des arts de la scène, soutenue par la HESSO.

Partenaires: ASF (Association Suisse Feldenkrais), IFELD (Institut de Formation Feldenkrais, Lyon), Ecole Autopoïesis de Montréal.

Cette recherche menée de janvier 2020 à janvier 2021 à La Manufacture [16] s’est donnée comme objectif de nommer les outils de la méthode Feldenkrais pertinents pour le travail de l’acteur. Pour se faire, Julie-Kazuko Rahir, comédienne (diplômée Manufacture, 2007) et praticienne Feldenkrais (diplômée IFELD III), était chargée d’enquêter auprès d’acteurs et de metteurs en scène convoquant le Feldenkrais dans leur travail de création. Il s’agissait de lire et d’exploiter des sources directes (provenant de Moshe Feldenkrais lui-même et destinées aux acteurs) et des sources indirectes (articles et livres édités, thèse de doctorat) [17], ainsi que d’expérimenter des leçons enregistrées données par Moshe Feldenkrais aux acteurs associés au metteur en scène Peter Brook. En outre, il s’agissait de compléter les écrits sur l’acteur et le Feldenkrais en étoffant la littérature consacrée, ainsi qu’en menant des entretiens avec des professionnels du spectacle qui articulent leur pratique avec le Feldenkrais.

Pour intégrer ces réflexions et ces procédures à la pratique théâtrale, il s’est agit de nommer les outils pertinents pour le travail pratique de l’acteur et de concevoir un questionnaire pour des acteurs. Ce travail a été mené en collaboration avec Christian Geffroy Schlittler, comédien et metteur en scène associé à la présente recherche.

La recherche a été menée d’un point de vue actoral. Nous avons utilisé notre expérience de la scène, convoqué nos outils de jeu, nos souvenirs de répétitions et de représentations, mis au défi notre pratique d’acteurs. Le tandem que nous avons formé avec Christian Geffroy Schlittler et l’apport de son expérience pédagogique et de mise en scène a permis de confronter les intuitions et les intérêts de comédienne de Julie-Kazuko Rahir pour cette méthode somatique; d’ajuster et de définir ce qui nous semblait être utile pour pouvoir l’adresser à tout acteur.

Puisque l’objectif concernait la pratique théâtrale, nous avons fait le choix de nous concentrer sur les sources écrites par les praticiens de théâtre qui abordent le Feldenkrais et non sur celles écrites par des praticiens Feldenkrais au sujet de leur pratique avec des acteurs.

Résultats de recherche:

  1. Rapport de recherche (lien intertexte)
  2. Article «Rendre sensible» (lien)
  3. Entretien avec Yoshi Oida (lien)
  4. Entretien avec Odette Guimond (lien)
  5. Entretien avec Lionel Gonzalez (lien)
  6. Bibliographie théâtre et Feldenkrais (lien)
  7. Répertoire analytique des outils du Feldenkrais pour l’acteur (lien)
  8. conférence inscrite dans le cadre des conférences de la recherche de La Manufacture à destination de l’ensemble des étudiants de l’école (12 octobre 2020) (lien)

[17] Voir la bibliographie en Annexe 1.

Atelier postformation Bxl

Rendre sensible: pour une pratique scénique issue du Feldenkrais

Projet dirigé par Julie-Kazuko Rahir et Christian Geffroy Schlittler, initité en août 2021 jusqu’à août 2023. Une recherche menée dans la cadre de la Mission Recherche de La Manufacture-Haute école des arts de la scène, soutenue par la HESSO.

Partenaires: ASF (Association Suisse Feldenkrais), AFG (Association Feldenkrais Genève), Ecole Autopoïesis de Montréal, Théâtre Océan Nord (Bruxelles), HEM (Haute Ecole de Musique de Genève), Compagnie théâtrale aLFP (agence Louis-François Pinagot).

Ce projet de recherche-création se propose d’explorer les outils de la méthode Feldenkrais propices à l’actorat; de formaliser des leçons spécifiques; et d’élaborer un manuel pour le travail autonome de l’acteur. Pour se faire il s’agira d’expérimenter avec des publics spécifiques (acteurs professionnels, musiciens, habitants d’un écoquartier solidaire, adolescents en décrochage scolaire et praticiens Feldenkrais) et de confronter des pédagogies à l’œuvre dans ce domaine. Il s’inscrit dans la continuité d’une mise au point sur la littérature en la matière qui a constitué une première phase de recherche. Il résulte par ailleurs de la longue collaboration artistique des deux chefs de projets, acteurs, praticienne Feldenkrais et metteur en scène.

Etape 1 : La variation

Théâtre Océan Nord, Bruxelles / Août 2021 et Janvier 2021 (4 semaines)

La variation est un pilier de l’apprentissage selon Feldenkrais à partir duquel toutes ses leçons collectives et individuelles sont élaborées. Il ne s’agit pas d’apprendre à faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, mais plutôt d’apprendre à faire ce qu’on sait déjà faire, de différentes manières.

Le noyau du travail théâtral de l’acteur est concentré autour de la problématique de la répétition tout en cherchant à ne jamais paraître «mécanique», mais à être «vivant» (selon les expressions courantes de notre métier). Ce que la variation nous permet de proposer à l’acteur, c’est de se concentrer sur les choix qu’il a dû faire pour composer sa partition (choix d’un déplacement, d’une intonation, d’un regard, etc.), mais aussi sur ceux qu’il doit prendre en représentation. Pour être «un acteur vivant», au travail, il nous semble qu’il ne doit pas jouer selon des choix faits en répétition et considérés comme définitifs. Il doit pouvoir se rappeler que chaque action a été choisie parmi une multitude de possibilités, avoir conscience de ses choix mais aussi de ceux qu’il n’a pas faits, les remettre en question en fonction de l’instant présent, les «réactualiser» dans l’immédiat, au lieu de les répéter sans plus savoir d’où ils viennent.

La variation sera ainsi explorée non pas uniquement à des fins d’élargissements des possibilités de l’acteur, mais aussi et surtout pour se concentrer sur ces actes que sont les choix de l’acteur à tout moment, et qui découlent de la variation. Pour se faire, les outils que nous utiliserons sont:

  • La réversibilité du mouvement. Elle est en Feldenkrais la possibilité d’interrompre et d’inverser un mouvement à n’importe quel moment de sa réalisation, de le reprendre dans la même direction qu’au début ou de décider de faire à sa place un mouvement totalement différent. Pour l’acteur, il s’agira de jouer avec les variations concernant la direction du mouvement en travaillant deux sens opposés (l’aller/le retour, l’action/la contre action).

 

  • L’amplitude du mouvement. En Feldenkrais, une action physique et une action imaginée ne sont pas vécues comme deux propositions qui s’opposent, mais plutôt comme deux nuances d’amplitude d’un même geste. Pour l’acteur, il s’agira de jouer en variant les différentes amplitudes d’un même geste, expérimentées comme un choix à faire entre deux extrêmes, entre le geste mental et le geste physique.
  • Orientation/manipulation/temporalité de l’action. En Feldenkrais, pour toute action on explore l’étroite intrication entre ces trois éléments. Un choix dans l’un des trois aura une incidence sur les deux autres. Si par exemple je dois soulever ma jambe quand je suis couché sur le côté, il s’agira de choisir – ce qu’on appelle – « la manipulation » du mouvement (quels sont les éléments que je dois mettre en action pour soulever la jambe?), en lien avec l’orientation dans l’espace de ce mouvement (si je soulève ma jambe, est-elle orientée plus vers l’avant ou vers l’arrière?), en lien avec la temporalité du mouvement (lorsque je soulève ma jambe, à quel moment je choisis de l’orienter plus vers l’avant?). Pour l’acteur il s’agira de jouer avec les variations d’un de ces éléments et d’observer les incidences sur les deux autres.
  • Le délai est en Feldenkrais la possibilité de retarder l’acte et de prolonger la période s’écoulant entre l’intention et la mise en acte. Pour l’acteur il s’agira de jouer avec les variations concernant les moments de pause, de respiration, d’étirement de l’action.
  • Le moindre effort. En Feldenkrais pour accroitre la perception du mouvement, il s’agit de chercher à réduire graduellement les efforts inutiles. Pour l’acteur il s’agira de jouer en faisant varier la zone du jeu au sein de laquelle il s’agira de chercher le moindre effort; choisir dans sa partition là où il détend, là où il peut tendre.
  • Le voyage attentionnel. Selon Feldenkrais, pour qu’il y ait prise de conscience pendant l’action, il faut qu’il y ait une concentration mobile sur 1) chaque élément de l’action, 2) ce qui est ressenti pendant l’action, 3) l’image corporelle tout entière et l’effet de l’action sur celle-ci. Pour l’acteur il s’agira de varier là où il porte son attention durant une action et d’observer les effets induits sur son jeu. 
  • Le mouvement intentionnel est en Feldenkrais l’unique mouvement volontaire à partir duquel on observe l’émergence de mouvements ricochets. Pour l’acteur il s’agira de faire varier le mouvement volontaire à partir duquel il pourra observer l’émergence de ces mouvements ricochets.

Nous utiliserons ces outils durant le travail de composition de l’acteur, en les expérimentant dans différents contextes: au sein de partitions très écrites ou à l’inverse, de partitions improvisées.

Nous observerons comment ces outils agissent sur ce travail de composition, d’une part au niveau de la capacité créative (quand l’acteur s’entraîne à faire de différentes manières), d’autre part au niveau de sa capacité à faire des choix (notamment la vitesse). Il s’agira d’explorer aussi avec les acteurs la visibilité de la variation (quelles sont celles qui sont rendues visibles et celles tenues plus discrètes).

Cartographie des concepts Feldenkrais théâtre
Mouvements Infinis théâtre et feldenkrais
Mouvement intentionnel théâtre feldenkrais

Les méthodes somatiques (au nombre de trente) s’intéressent à “l’apprentissage de la conscience du corps en mouvement dans son environnement social et physique”. En font partie: l’Eutonie de Gerda Alexander, la Technique Alexander, le “Body-Mind Centering de Bonnie Bainbridge-Cohen. Voir Yvan Joly, “L’éducation somatique : au-delà du discours des méthodes”, Bulletin de l’Association des praticiens de la méthode Feldenkrais de France, n°14, hiver 1993, p.1.